Soumia Fahd, une biologiste passionnée et fervente défenseuse de la biodiversité

- Par: Sanae EL OUAHABI -

Débordante d’énergie et de détermination, l’universitaire Soumia Fahd semble avoir bien mené un parcours exceptionnel en tant que biologiste chevronnée, ayant réussi à faire de sa passion indéfectible pour l’environnement un moyen pour développer la recherche dans le domaine de la conservation de la biodiversité.

C’est avec un sens élevé de responsabilité et de volonté d’action, que cette chercheuse hors-pair milite au quotidien pour faire progresser la recherche systématique, écologique et en biogéographie, et partant contribuer à la préservation de la biodiversité marocaine, caractérisée par une grande diversité des écosystèmes (forestiers et steppiques, saharien et désertiques, agricoles, marins et côtiers…).

Encouragée par un père patriote, qui était l’un des anciens combattants ayant lutté pour l’indépendance du Maroc, et fondateur de l’une des plus anciennes fabriques de verres à Casablanca (Sté Lkass), et une mère attentionnée, Mme Fahd, née en 1960 à Casablanca, a su marquer de son empreinte le domaine de la recherche scientifique et porter haut les couleurs du Maroc en général, et de l’Université Abdelmalek Essaâdi en particulier, en remportant en 2019 le prix du meilleur chercheur marocain, pour une période de 4 ans, dans le domaine « Plants and animal sciences » (sciences des plantes et animaux), attribué conjointement par le Centre national pour la recherche scientifique et technique (CNRST) et le Clarivate Analytics (Web of Science Group), lors du Research Excellence day awards.

Après avoir obtenu en 1980 un baccalauréat sciences expérimentales au lycée Ibn Al Aouam à Casablanca, Soumia a décidé de poursuivre ses études supérieures ailleurs. A la province de Hainaut (Belgique), elle s’inscrit à l’université de Mons dans la filière « Ingénierie industrielle ».

« Un jour et au beau milieu de l’année universitaire, je quittais la Belgique pour rentrer au Maroc. Une chose était claire pour moi, je ne pouvais vivre que dans mon pays et c’est là où je pouvais faire ma vie et nulle part ailleurs », a confié à la MAP Mme Fahd, avec un air nostalgique.

Après son retour au Maroc, elle commence des études en Biologie à l’Université Mohammed V de Rabat, puis à la Faculté des Sciences de Tétouan, couronnées par une licence en biologie animale en 1986.

En 1992, elle obtient un diplôme académique du Programme « Biología de Poblaciones, acuicultura y medio ambiente » de l’Université de Grenade (Espagne), avant qu’elle ne soutienne sa thèse de troisième cycle, en 1993, intitulée « Atlas préliminaires des reptiles du Rif », puis une thèse d’Etat en Sciences, en 2001, sur « Biogéographie, morphologie et écologie des ophidiens du Rif (Nord du Maroc) », à l’Université Abdelmalek Essaâdi de Tétouan.

Mme Fahd intègre en 1986 la Faculté des Sciences de Tétouan, en tant qu’assistante. Actuellement, elle est Professeur d’enseignement supérieur à la même faculté, et dirige le laboratoire de recherche Ecologie, systématique, et conservation de la biodiversité (LESCoBio), créé en 2012 sous le nom Laboratoire Ecologie, biodiversité et environnement (LEBE).

LESCoBio se compose d’un panel de chercheurs de renommée internationale, appartenant à 4 universités marocaines et établissant d’étroites collaborations avec 11 institutions de recherche représentant 5 pays, a fait savoir Dr. Fahd, précisant que cette structure compte actuellement 11 chercheurs permanents et 45 associés, ainsi que 55 doctorants.

Développer la recherche dans le domaine de la biodiversité, contribuer à faire progresser les connaissances scientifiques dans les domaines de la biodiversité et de la conservation, approfondir et améliorer les connaissances écologiques, taxonomiques et biogéographiques en Afrique du Nord en général, et au Maroc en particulier, et à promouvoir la sensibilisation du public à la préservation de la biodiversité, tels sont les objectifs de cette structure de recherche.

« Notre laboratoire s’emploie également à utiliser les connaissances scientifiques pour établir et proposer des priorités de conservation et des outils de gestion appropriés, en collaboration avec les autorités et les décideurs marocains responsables de la protection de la nature », a insisté cette chercheuse talentueuse, précisant que le travail de cette structure est axé notamment sur « la biodiversité et écologie des écosystèmes aquatiques et terrestres », « la biodiversité et services écosystémiques », « l’herpétologie » et « l’entomologie médicale ».

Ce laboratoire de recherche a réalisé, durant la période 2014-2019, 65 publications dans des revues indexées (ex: Biological Reviews, Molecular Ecology, Conservation Letters, Molecular Phylogenetics and Evolution, International Journal of Advanced Research), et publié 38 articles dans des revues non indexées, outre 21 thèses soutenues.

« Nous avons, en collaboration avec des partenaires européens (Espagne, France, Portugal, Allemagne), plus de 54 articles publiés dans des revues internationales pour leur plupart indexées, des chapitres de livres et des ouvrages », a dit Dr. Fahd non sans un brin de fierté, notant que, dans le cadre de ces collaborations, des jeunes doctorants ont pu être formés, 5 thèses ont été soutenues durant les 6 dernières années, et 10 autres sont en cours de réalisation.

Elle a représenté le Maroc lors de dizaines de congrès internationaux et organisé plusieurs manifestations scientifiques, dont la plus importante est le congrès sur la biologie des vipères en 2017, ayant réuni des chercheurs de 18 nationalités provenant de 4 continents.

Et pour mettre en valeur le riche patrimoine naturel marocain, Dr. Fahd a contribué, en collaboration avec l’équipe de recherche de l’Université de Miguel Hernandez (Elche, Espagne), à la réalisation d’un documentaire « Les yeux de la terre », qui relate l’expérience faite au Maroc avec les populations de la tortue grecque, espèce menacée internationalement, et aborde l’importance du savoir des habitants locaux pour la construction des connaissances scientifiques.

« Ce court métrage a été sélectionné dans 43 festivals internationaux et a obtenu des mentions spéciales dans divers festivals aux quatre coins du monde. Il a reçu jusqu’à présent sept prix, dont le prix du meilleur documentaire au Festival du film Esquipulteco du Guatemala, la mention spéciale du jury au festival du film de l’étudiant de Guaíba (Brésil), et le prix du meilleur documentaire international au festival international de court métrage « Fescilmar » au Venezuela », a-t-elle noté, relevant que cette oeuvre a également été récompensée dans le festival international de cinéma social et écologique de la Méditerranée de Torrevieja et le festival l’IberoÁ de Bolivie, et sera projetée, au cours des prochains mois, au festival de Cannes (France) et dans d’autres espaces culturels à Pékin (Chine) et à San Francisco (États-Unis).

Grâce aux efforts qu’elle a consentis au sein d’équipes de recherche, les amphibiens et reptiles du Maroc sont aujourd’hui listés dans l’annexe IV de la loi marocaine sur la CITES.

Actuellement, sa principale préoccupation est la conservation des amphibiens et des reptiles du Maroc. Les milliers de km parcourus et les nombreuses prospections réalisées depuis 3 décennies, lui ont permis d’avoir une idée de plus en plus précise des problèmes de conservation de la biodiversité de son pays.

« En tant que femme marocaine, j’ai fait et je continue à faire de mon mieux pour que mon pays avance vers le progrès et le développement », a-t-elle dit avec enthousiasme, ajoutant « j’ai toujours essayé de donner le meilleur de moi-même, de faire preuve de professionnalisme et de faire des études avancées, pour apporter une réelle valeur ajoutée à la recherche scientifique et faire en sorte que l’information dispensée aux étudiants soit la plus précise et la plus actualisée possible ».

Cette chercheuse acharnée, mère de deux jeunes hommes et une fille, ne ménage aucun effort pour transmettre, avec amour et bienveillance, son savoir à ses étudiants, qu’elle considère comme ses propres enfants.

« Un enseignant doit être, à mon sens, un éducateur avant tout. Mes étudiants m’ont beaucoup apporté, et ils ont toujours occupé une place importante dans ma vie, en m’aidant parfois à surmonter des moments très difficiles que j’ai vécus », a dit Dr. Fahd les larmes aux yeux.

La célébration de la fête de la femme est l’occasion de rendre hommage à toutes celles qui ont excellé et se sont imposées par leur compétence et leur travail, forçant respect, suscitant admiration et faisant honneur au Maroc, a-t-elle relevé, appelant toutes les filles et femmes marocaines à avoir une forte estime de soi, faire preuve de persévérance et de courage, avoir confiance en elles-mêmes, et être de bonnes ambassadrices de leur pays, sans pour autant perdre leur féminité.