Moussem d’Assilah: Rencontre sur la poésie arabe et les poétiques du monde du Sud

La 3ème édition de la rencontre poétique s’est ouverte, dimanche à Assilah, sous le thème « Poésie arabe et poétiques du monde du Sud : Afrique et Amérique latine », en présence d’un parterre d’intellectuels, de poètes et d’académiciens marocains et étrangers.

S’exprimant lors de cet événement, organisé dans le cadre de la 43ème édition du Moussem culturel international d’Assilah, le secrétaire général de la Fondation du Forum d’Assilah, Mohamed Benaissa, a souligné que cette troisième rencontre s’inscrit dans le contexte d’une nouvelle ère et d’une approche d’expérience poétique aux nuances et ombres particulières, relevant que les circonstances ont voulu que, depuis des années, ces rencontres soient organisées autour de questions et d’axes où se trouvent enchevêtrés le souci esthétique, les préoccupations d’ordre humaines et celles à caractère intellectuel.

M. Benaissa a rappelé que le Moussem d’Assilah, tout au long d’une période s’étalant sur plus de quarante années, a traité des questions les plus importantes liées aux réalisations poétiques, en parallèle avec le rapport dialectique soulevé par la référence esthétique universelle, notant que le Moussem a débattu de questions touchant à la « modernité », la « réception », « l’expérimentation », le « poème en prose » et à d’autres questions similaires.

« Ce sont là, autant de questions toujours soulevées à travers le rappel des expériences et des réalisations poétiques arabes et africaines les plus profondes, marquées toutes par la présence de voix, dont les modes d’expression poétique varient: certaines sont parvenues au sommet de la gloire, d’autres réduites par le temps qui s’écoule au vide du silence momentané ou éternel ou qui nous ont quittés au summum de leur présence, mais qui demeurent bien audibles en dépit de tout », a-t-il ajouté.

M. Benaissa a affirmé que ces rencontres poétiques reflètent des niveaux d’expression et des horizons d’expérimentation, et visent à célébrer l’entité du poète et à réhabiliter le dire poétique, étant donné que le Moussem culturel s’est toujours préoccupé de consolider les rapports entre la poésie et son public, les séances de lecture poétique constituant dès lors un étonnant moment de contact entre la voix imaginée du poète et sa réalisation sensorielle.

« C’est ainsi que le caractère symbolique des rencontres poétiques du Moussem apparaît clairement et se précise non seulement en tant qu’événement littéraire chargé de sentiments porteurs fort évocateurs, mais également comme un horizon s’opposant à un entourage empreint de laideur et de trivialité », a-t-il dit, soulignant que le Moussem vise à créer une atmosphère caractérisée par le pluralisme, l’ouverture et l’esprit d’aventure créative, une atmosphère au sein de laquelle les gens recherchent les valeurs de la beauté.

Il a précisé que le thème choisi pour cette édition est une réponse à un désir ancré dans l’âme des poètes et de leurs lecteurs, pour repenser encore les liens d’influence se tissant entre la poésie arabe qui renouvelle constamment sa langue, ses modes d’expressions et ses relations sémantiques et des poétiques africaine et latino-américaine, qui approfondissent leurs modes dialectiques avec l’histoire, les réalités quotidiennes et les questions relatives à la pensée, l’identité et l’existence.

Pour sa part, le coordinateur de la rencontre, Charafdine Majdouline, a indiqué que les langues de la poésie africaine et latino-américaine comprennent des expressions orales et autres locutions transcrites dans d’innombrables langues indigènes, bien supérieures à celles universellement en vogue aujourd’hui, relevant que ces langues poétiques ont fini par produire des poétiques singulières fortement marquées par des sonorités centrales très influentes, qui ont eu en commun le même facteur culturel et esthétique, de même qu’un impact sur un nombre important d’expériences poétiques arabes depuis les années soixante du siècle dernier jusqu’à nos jours.

Le chercheur a fait savoir que le choix du thème de cette rencontre poétique s’inscrit dans le cadre d’une tentative qui vise à repenser les liens d’influence entrelacés, et supposés l’être, entre la poésie arabe qui ne cesse de renouveler sa langue, ses structures et domaines sémantiques, et les poétiques africaine et latino-américaine qui approfondissent en continu les voies de leur propre polémique avec l’histoire et les réalités quotidiennes, ainsi qu’avec les questions liées à la pensée, à l’identité et à l’existence.

« C’est là une question motivée par une volonté critique d’inscrire aujourd’hui la poésie arabe dans l’un de ses cercles fondamentaux d’appartenance, et de s’arrêter de plus près sur ce qui a été réalisé, à travers les efforts déployés en matière de traduction et d’études critiques comparatives, tout en tendant à consacrer l’horizon de cette appartenance et à le rendre prolifique par l’écoute de voix poétiques qui semblent lointaines, mais qui se croisent à divers niveaux », a-t-il relevé.

Cette édition du Moussem, qui se tient du 16 octobre au 05 novembre, sous le Haut Patronage de SM le Roi Mohammed VI, à l’initiative de la Fondation du Forum d’Assilah, en partenariat avec le ministère de la Jeunesse, de la culture et de la communication (département de la Culture) et la commune d’Assilah, est marquée par l’organisation de sept colloques dans le cadre de la 36ème édition de l’Université ouverte Al-Mu’tamid Ibn Abbad et d’activités artistiques et culturelles.