Moussem d’Assilah: des politiciens et intellectuels débattent de l’avenir de la démocratie électorale dans le monde

Des politiciens et des intellectuels débattent, trois jours durant, de l’avenir de la démocratie électorale à la lumière des mutations rapides que connaît le monde, et ce dans le cadre du deuxième colloque de la session d’automne du Moussem culturel international d’Assilah.

Lors de l’ouverture, mercredi, du colloque « Quel avenir pour la démocratie électorale? », qui s’inscrit dans le cadre des travaux du 42ème Moussem culturel international d’Assilah et de la 35ème édition de l’Université ouverte Al-Mouatamid Ibn Abbad, tenus sous le Haut patronage de SM le Roi Mohammed VI, les intervenants ont indiqué que la démocratie électorale dans le monde traverse une crise, en raison d’un certain nombre de mutations que connaissent les sociétés, de la croissance des courants populistes, de l’évolution des modes de communication et des répercussions de la crise sanitaire mondiale.

Le secrétaire général de la Fondation du Forum d’Assilah, organisatrice de l’événement, Mohamed Benaissa, a estimé que la question de l’avenir de la démocratie électorale est considérée comme la préoccupation centrale actuelle des acteurs, des politologues et des académiciens spécialisés que ce soit dans les sociétés anciennes que dans les sociétés démocratiques modernes, ajoutant que ce sujet constitue une source de préoccupation et d’inquiétude même parmi ceux qui rejettent la démocratie et ne croient pas en son utilité.

Dans son allocution d’ouverture, M. Benaissa a fait savoir que l’émergence d’un sentiment de rejet ou de scepticisme à l’égard de la démocratie a débuté au milieu de la première décennie de ce siècle, marqué par des crises financières, économiques et politiques successives, ainsi que de nombreux scandales de corruption, ajoutant « nous vivons en plein transformations stratégiques exceptionnelles qui marquent le repli des vieux postulats ayant longtemps lié la stabilité de la démocratie et la prospérité de l’économie capitaliste”.

Pour sa part, le ministre de la Justice, Abdellatif Ouahbi, s’est arrêté sur ce qu’il a qualifié de “démocraties représentatives qui sont au-delà du processus électoral, comme les réseaux sociaux”, soulignant que la démocratie électorale dans le monde connaît une crise au sein des sociétés modernes, sur fond de crises économiques et sociales.

Il a relevé, en outre, que la crise de la démocratie électorale peut être expliquée par les mutations sociales et économiques importantes créées par la révolution industrielle, qui a entraîné des transformations au sein de la société et du monde politique, mettant l’accent sur « l’ouverture de la sphère sociale aux échanges en raison de la diffusion des savoirs (…), ce qui a causé un recul du pouvoir des cadres culturels traditionnels en matière de contrôle de la société, de l’éthique et des pensées, tandis que dans le domaine politique, on constate le déclin de la souveraineté nationale des États, face aux effets de la mondialisation économique, qui a fortement nui à la démocratie électorale et rendu les institutions politiques incapables d’apporter des solutions aux problèmes posés.

Quant à l’ancien ministre des affaires étrangères de l’Espagne, Miguel Angel Moratinos, il a indiqué que la démocratie est actuellement en danger et nécessite de se renouveler, puisqu’elle constitue un processus ouvert permanent, qui doit être construit chaque jour, et un repère fondamental pour le peuple et le citoyen, notant que si les citoyens ne se considèrent pas représentés, cela devient un problème.

Nous constatons, en effet, de moins en moins de participation, d’engagement, et de confiance vis-à-vis de la classe politique, ainsi qu’un décrochage de la population auprès des structures politiques, a-t-il poursuivi, joutant « nous ne pouvons vivre sans démocratie, mais nous devons oeuvrer pour son renouvellement, puisqu’on relève actuellement un excès de la représentativité et un manque de participation, c’est-à-dire que les électeurs votent pour leurs représentants tous les quatre ans sans réellement participer à la gestion des affaires publiques ».

M. Moratinos a, par ailleurs, salué le processus de construction démocratique au Maroc, sous le leadership de SM le Roi Mohammed VI, évoquant l’adoption de la nouvelle Constitution, et le respect des résultats des élections qui ont abouti au cours des deux mandats précédents à un gouvernement majoritairement dirigé par un parti islamiste modéré, avant que les dernières élections ne conduisent à la formation d’un nouveau gouvernement.

Il a estimé que ce processus reflète la manière dont il faut renouveler la démocratie, c’est-à-dire en plaçant la confiance et en accordant le respect aux élus.

Par ailleurs, Luis Amado, ancien ministre d’Etat et ministre des affaires étrangères du Portugal, a estimé que la crise de la démocratie électorale résulte probablement du fait que l’acteur politique n’est plus en mesure de contrôler la dynamique globale, plus large et plus rapide, que connaissent les sociétés, et qui a entraîné des crises politiques touchant des pays africains, asiatiques et de l’Amérique latine, voire même les États-Unis d’Amérique, qui sont une ancienne démocratie.

La crise sanitaire mondiale a donné une vision plus claire sur les mutations que connaît le monde, en particulier la montée de l’Est contre le recul de l’Ouest, la nécessité de modifier la mondialisation, la propagation de la pauvreté, des inégalités et des disparités, l’évolution des modes de communication entre les membres de la société, ainsi que le changement des conditions de production et des contraintes climatiques, a-t-il expliqué, exprimant sa conviction que « nous nous dirigeons vers une nouvelle société et une nouvelle économie, ce qui conduira à des crises encore plus importantes ».

Des interventions lors de ce colloque ont également passé en revue les signes de la crise démocratique dans le monde, notamment la prévalence des manifestations non encadrées, le déclin du rôle de l’acteur politique, et la réduction de la démocratie électorale à “la démocratie des urnes” sans chercher à fournir un environnement qui valorise la démocratie représentative (institutions de gouvernance, séparation des pouvoirs..), ainsi que les répercussions de la crise sanitaire mondiale sur les modes de gouvernance dans le monde.

Il est à noter que ce colloque, dont les débats se poursuivront jusqu’au 5 novembre, sera suivi de quatre autres colloques traitant des questions géopolitiques actuelles et d’activités artistiques et culturelles.

Il s’agit de colloques sous les thèmes « Les Arabes et les nouvelles mutations régionales et internationales : où va le panarabisme? » (8-10 novembre), et « Cheikh Zayed: la vision d’un leader éclairé » (12-13 novembre), ainsi que d’une conférence-hommage au vétéran de la presse marocaine, Mohamed Brini (11 novembre) et de la deuxième rencontre poétique « Langage de la poésie arabe aujourd’hui » (16-17 novembre).