Journée internationale de la traduction : 3 questions à un universitaire de l’ESRFT

Propos recueillis par Kawtar Chaat

Le Maroc, à l’instar des pays du monde entier, célèbre la journée internationale de l’une des plus anciennes pratiques de l’Histoire humaine, la traduction. A cette occasion M. Ismail Mellouki, professeur à l’Ecole Supérieure Roi Fahd de Traduction (ESRFT), met en avant, dans une interview accordée à la MAP, le rôle de la traduction pour maintenir une communication interpersonnelle productive, positive et claire dans les cercles internationaux.

1. Comment la journée internationale de la traduction est-elle célébrée au Maroc ? Et quels sont les champs favorables pour l’activité de traduction au Maroc ?

La journée internationale de la traduction joue un rôle crucial dans la société des traducteurs, elle a pour but de rapprocher les nations et les faire travailler ensemble, faciliter le dialogue, préserver les valeurs culturelles, contribuer au développement mondial, et intensifier la paix et la sécurité dans le monde. Elle est célébrée dans le monde entier pour rendre hommage au travail des professionnels de la langue, traducteurs, interprètes, terminologues. Elle se fixe la date du 30 septembre afin de mettre en avant le métier de traducteur et de valoriser les langues qui jouent un rôle important dans le développement de notre société.

Elle est célébrée aussi en l’honneur de Saint Jérôme, considéré comme le saint patron des traducteurs, qui a su briser les barrières linguistiques. De même, la Fédération internationale des traducteurs s’efforce de promouvoir ces célébrations depuis sa création en 1953. Elle est bien évidemment célébrée par l’Ecole Supérieure Roi Fahd de Traduction.

La traduction est un moyen de communication par excellence, elle joue encore un rôle primordial vu qu’elle dépasse la barrière de la langue. Et si nous abordons les champs favorables pour l’activité traduisante, nous penserons certainement à la traduction technique. En effet, le traducteur peut jouer un rôle économique, politique, juridique ou même social.

En outre, je pense que le travail sur la traduction littéraire engendre une fonction un peu différente, essentiellement culturelle. Dans tous les cas, le traducteur ou l’interprète vise certainement un public précis et traite un corpus plutôt spécifique.

2. Quels sont les problèmes majeurs dont souffrent les traducteurs au Maroc ?

La traduction est un métier qui demande un grand engagement personnel. Pour assurer une tâche aussi complexe, le traducteur a besoin d’abnégation pour ne pas dire de vocation.

Pour réussir dans ce domaine, il faut, en premier, avoir une curiosité linguistique et il faut certainement bénéficier d’une formation adéquate si on espère mener à bien cette mission.

Les instituts de formation sont limités, mais il faut reconnaître qu’il existe des établissements qui dispensent des cours en traduction, à savoir, l’École Roi Fahd de Traduction à Tanger qui procure une formation théorique et pratique reconnue au niveau national et international, et dont les lauréats occupent des postes très importants dans tous les domaines, en plus des écoles privées qui proposent un cycle initial de 3 ans et un cycle master en 5 ans.

Au Maroc, l’Association des Traducteurs Agréés près des Juridictions (ATAJ) créée le 26 octobre 2002, est le principal organe qui défend les intérêts des professionnels. Cet organisme se fixe pour mission d’étudier les questions relatives à la pratique du métier de traducteur, défendre leurs droits.

3. Au cours des dernières années, il y a eu une émergence de traducteurs automatiques qui sont devenus de plus en plus précis. La traduction automatique pourra-t-elle remplacer l’humain ?

En effet, grâce à l’intelligence artificielle, des améliorations importantes ont récemment été apportées à la traduction automatique. Cependant, il a été prouvé à maintes reprises que l’on ne peut pas faire confiance aux logiciels pour produire des traductions complètes et précises. Sans oublier le côté cohérence et cohésion du texte. En effet, chaque langue se distingue de l’autre que cela porte sur le côté des ambiguïtés, de nuances et de sens, ce qui met les machines en situation de handicap car elles sont incapables de gérer ces tâches intellectuelles compliquées.

Le traducteur saura ajuster le style du texte de façon à reproduire le ton, le sens et les nuances de la langue de façon à produire une meilleure traduction où nous ne pouvons pas sentir de contresens ou un non-sens. Vous pouvez la lire, la sentir et la comprendre sans avoir le sentiment d’être en présence d’un texte traduit. Les nouveaux outils de l’IA (intelligence artificielle) ont été pensés pour aider les traducteurs. Par conséquent, ils sont loin d’être efficaces sans le travail de l’humain.

Donner du sens à un document technique ou juridique peut parfois être un défi qui implique un grand effort de la part du traducteur. Evidemment ceux-ci possèdent des compétences pertinentes et une expérience significative dans le domaine. Un traducteur humain peut s’assurer que tous les détails et anecdotes spécifiques au sujet ont été parfaitement conservés dans la version traduite, tandis que la traduction automatique ne sera pas en mesure de répliquer cette expertise.